La présence des oracles dans ma vie s'est manifestée sous différentes formes. La Santeria dans mon adolescence avec Enrique, ami vénézuélien de ma mère qui vouait un culte à différents dieux Yoruba et lisait dans les cigares. J'étais fasciné par ce personnage, peintre prolifique, lettré et initié par sa mère. Puis j'ai découvert le le Tarot de Marseille avec la vision artistique et spirituelle d'Alejandro Jodorowsky. Il m'a permis de comprendre le rôle primordial des archétypes dans nos inconscients et comment celui-ci se révèle à travers les cartes, comment y accéder à travers la psychomagie, un espace où l'art et le soin sont intimement mêlés. Puis à travers l'étude de l'oeuvre de John Cage, son usage du Yi King dans ses compositions. L'oracle millénaire chinois codifié en 64 hexagrammes. Il qualifie autant d'états fluctuants que traverse l'âme humaine au cours de son passage sur Terre. Puis j'ai rencontré sur mon chemin le système de divination IFA des Yoruba, tradition encore bien vivante au Nigéria, et héritée par la disapora afrodescendante au Brésil, Cuba et Puerto Rico. Dernier en date, la géomancie des Runes Nordiques, un jeu de pierres gravées que nous avons emprunté aux Vikings pour improviser en tournée à la rencontre d'artistes sonores Scandinaves.
Ces différents systèmes de tirages faisant usage du hasard s'est naturellement invitée dans mes pratiques artistiques comme support d'improvisation.
Le rituel du tirage permet de créer un espace magique, une concentration, un état de jeu dans lequel nos différents médias peinture, mapping, musique peuvent commencer à entrer en résonance et les mots chantés, scandés dialoguer avec la peinture en cours.
Nous nous sommes emparés du Tarot de Marseille avec le trio TISMOS: Delestrange à la musique, Khwezi Strydom à la peinture, JA Dupont au mapping. Chaque improvisation durait entre une et cinq heures, le point de départ était toujours un tirage de tarot. A la fin de l'improvisation, nous tirions de nouvelles cartes afin de compléter notre compréhension de ce qui s'était déroulé pendant la session.
Tirage d'improvisastion - LA FORCE
Tirage d'improvisastion - LA FORCE
ARCANE SANS NOM, trace d'improvistation paintmapping
ARCANE SANS NOM, trace d'improvistation paintmapping
LA FORCE, trace d'improvisation Paintmapping
LA FORCE, trace d'improvisation Paintmapping
LA ROUE DE LA FORTUNE
LA ROUE DE LA FORTUNE
 Au cours d'un stage de danse Axis Syllabus, j'ai rencontré Cédric Acakpo, danseur, musicien, prêtre du Fâ. Il partageait sa pratique divinatoire à travers des ateliers présentant le système de tirage du Fâ et ses 16 esprits. Au cours d'un tirage, le Bokonon ou Babalawo jette un collier ouvert avec 4 graines de cola ou coquillages de chaque côté. Selon la position après le jet (pile ou face) la combinaison de ces huit éléments correspondra à un code binaire, traduit en une paire d'esprits. 16x16=256 possibilités.  Toute la connaissance de ces "prêtres" est encodée dans 256  tiroirs où sont repertoriés des contes, des chants, des danses, un espace du corps, des plantes spécifiques au tirage.

Le Fâ est un art divinatoire pratiqué traditionnellement par les populations du golfe du Bénin, notamment par les Yorubas du Nigeria, du Bénin et les Fons du Bénin. C'est autant une science (géomancie) qu'une divinité présidant au destin de l’homme sur son passé, son présent et son avenir en lui enseignant ses liens profonds avec la nature grâce aux contes allégoriques liés à chaque arcane. Le Fâ (ou Ifa), cet art divinatoire de l’ancienne Égypte, est passé par le Nil puis par l’Afrique de l'Ouest Yoruba à travers le Nigeria, puis dans la ville d'Ifé vers le XVIIe siècle pour atteindre le Bénin où il est adopté et adapté par les Fons. En effet, la cour royale d'Abomey (1685 et 1711) en quête d’une solution a adopté cet art grâce à un prêtre du Fâ d’origine yoruba, Djissa, (« vendeur de pluie »), premier prêtre du Fa dans l'ancien Danhomè, qui initie les hommes de confiance du roi à cette technique divinatoire.

Photo (Cédric Acakpo, prêtre du Fâ)
C'est à la suite de ma rencontre avec Cédric et le Fâ que m'est venue l'idée de traduire visuellement les tirages.
Quatre ans plus tard, je suis contacté par Qudus Onikeku, chorégraphe Nigérian qui développe un travail mêlant Danse, Intelligence Artificielle avec les sagesses ancestrales Yorubas. Il m'invite à participer à une résidence de création de deux semaines avec une équipe de musiciens, danseurs, artistes numériques, scénographes, peintres afin de réaliser une oeuvre multimédiale in situ dans les anciennes usines Fagor pour la Biennale de danse contemporaine de Lyon.
Durant la résidence de création d'AFROPOLIS pour la Biennale de la Danse 2023,
j'ai eu l'occasion de mettre en oeuvre la traduction visuelle du système IFA au cours d'improvisations avec trois peintres Marie Grenier, Mathilde Coudière-Kayadjanian, Adèle Hamelin accompagnant la performance de trois heures.
Chaque jour le Babalawo de l'équipe Owomide Ifagbenusola, faisait un tirage à l'oracle IFA qui orientait la composition et le sens de la fresque paintmapping improvisée.
Invité par les Instituts Français de Scandinavie, nourri par l'experience d'Afropolis je me suis associé avec l'artiste plasticien Jules guissart pour développer un système d'improvisation de paintmapping basé sur les Runes Nordiques en référence aux oracles Viking. Nous avons réuni 16 galets de la rivière proche de notre village, le Roubion. Chacun de ces galets a été marqué par un motif du vocabulaire graphique de Jules, nous permettant de structurer l'espace d'un support vertical de 4,5mx1,5m.
Avant chaque performance, les galets étaient tirés pour créer une composition de base. les galets tirés sont passés et offerts au public. Dans chaque lieu où nous avons joué, nous avons glané quatre galets pour remplacer les galets tirés et alimentr la suite de la tournée. Le jeu de galets évolue au grès de la tournée.
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